• Théâtre
19 mars 2019

Xavier Durringer : « Ecrire m’a donné un ticket pour l’existence »

L’auteur, metteur en scène, réalisateur et comédien Xavier Durringer était l’invité de Mots en scène à la SACD le 7 mars.

 

« Je suis entré dans ce métier par la petite porte, les petites marches », souligne d’entrée de jeu l’auteur prolifique qu’est devenu Xavier Durringer. Après de douloureux débuts dans la vie (la mort de sa mère en lui donnant naissance, qui, dit-il, « a conditionné toute sa vie »), puis une enfance en banlieue parisienne dans un univers où régnait une « mixité extraordinaire » et une dizaines de langues, le jeune homme s’inscrit par hasard dans un cours d’art dramatique à 18 ans. Un monde s’ouvre alors à lui. Il découvre sa « terre promise », l’oralité, la force de la langue de la rue, les auteurs américains...

Le théâtre, c'est être ensemble

Très vite animé par le désir d’écrire ses propres histoires et de ne pas dépendre des autres, l’instinctif et animal jeune homme abonné aux rôles de  « bad boy » se met alors à écrire ses premières pièces. Sur du réel, du vécu, ce qu’il connaît alors et qu’il ne trouve pas représenté dans le théâtre du moment : les années 80, la nuit, Paris, le sexe, l’amour, la jalousie…. Très vite il monte aussi sa première compagnie (La Lézarde), habité par l’idée que le théâtre c’est avant tout « être ensemble, une chose partagée et partageable pour l’éternité ». « Je fais ce métier pour être avec des gens que j’aime » reconnaît-il. D’où son indéfectible attachement aux troupes, aux bandes… et son regret de voir celles-ci de plus en plus menacées, éclatées. L’envoi de sa pièce Bal-trap à un premier éditeur est un échec cuisant. Il manque d’arrêter d’écrire. Aujourd’hui sa pièce a été traduite dans des dizaines de langues et jouée des centaines de fois à travers le monde.

Finalement loin de s’arrêter d’écrire Xavier Durringer enchaînera les pièces et les mises en scène : Surfeurs, La promise, La nuit à l’envers, Ex-voto, Une petite entaille, Une envie de tuer sur le bout de la langue, La Quille

Au milieu des années 90, il rencontre une jeune metteure en scène (Stéphanie Chévara) qui lui demande une pièce inédite à monter. Il n’en a pas vraiment et sort alors de ses tiroirs des carnets, des notes, des bribes de textes amassés au fil du temps et lui propose d’en faire ce qu’elle veut. C’est la naissance de l’oeuvre Chroniques des jours entiers-des nuits entières, qui sera suivie par deux autres opus en 2002 et 2012. Un matériau brut fait de monologues, de bribes, de courtes histoires, de scènes dialoguées à deux, de fragments à dire que les metteurs en scène pourront s’approprier au fil des ans, et auxquels les acteurs pourront se confronter. « C’est une sorte de Lego où chacun peut construire son château intérieur avec les bribes qu’il choisit », précise le dramaturge.

Des rencontres, des moments et des mots

Une dizaine d’années plus tard Xavier Durringer se retrouve au restaurant aux côtés de la toujours séduisante et séductrice octogénaire qu’est alors Judith Magre. Le lendemain il lui écrit trois monologues qu’elle reçoit avec bonheur : « Comment se fait- il que vous me connaissiez aussi bien ? ». Il en écrira finalement 56… Rassemblés sous le titre d’Histoires d’hommes, cela deviendra l’une de ses œuvres les plus marquantes, pour laquelle Judith Magre recevra le Molière de la meilleure comédienne en 2006 (mise en scène par Michel Didym). « Je ne peux pas imaginer ce métier sans les rencontres, sans l’affectif, reconnaît-il. Je suis à fond là-dedans. J’arrive à me faire pleurer moi-même en regardant mes propres histoires. C’est une catastrophe ! ».

Interrogé par Olivier Barrot pour savoir s’il est directif avec ses acteurs Xavier Durringer nuance : « Pas vraiment. Je cherche surtout à redécouvrir mon texte par le jeu des acteurs. Il existe autant de directions d’acteurs que de demandes et de tempéraments de leur part. Vous avez des acteurs intellos, des instinctifs etc. Vous n’allez pas vous y prendre pareil. C’est pour cela que je ne crois pas aux castings. Je préfère rencontrer la personne devant un café ou une bière et capter un moment, une lumière, une parole, comprendre d’où vient sa fêlure, ce qu’elle a à dire. C’est cela qui compte : avoir des choses à dire et à raconter. A mes débuts j’ai commencé par travailler avec des acteurs d’origine étrangère parce qu’ils avaient des choses à dire de par leur histoire. Nous faisions un théâtre un peu punk qui bousculait l’institution ! ».

Pour Xavier Durringer plutôt que d’interpréter des personnages (notion qu’il n’aime pas), les acteurs  puisent dans leurs propres archétypes et choisissent le meilleur pour jouer le rôle en question. « J’aime les acteurs, j’en suis proche. Quand on travaille ensemble on se parle beaucoup. Je reviens toujours sur leurs histoires, leurs univers, leur intimité. Pour moi la vraie question est : pourquoi es-tu sur ce plateau ? »

Même s’il s’est beaucoup tourné vers l’écriture et la réalisation cinéma et audiovisuelle depuis le milieu des années 90 et semble s’être éloigné des plateaux  Xavier Durringer tient à dire qu’il continue à écrire pour le théâtre. L’année dernière, à la demande de Dominique Pitoiset (pour sa femme la comédienne Nadia Fabrizio) il écrit la pièce A love supreme (titre hommage à l’album mythique de John Coltrane) mettant en scène un personnage de femme de 50 ans. Au-delà du portrait intime de cette femme, c’est le portrait de toute une génération que la pièce dépeint, avec ses désillusions et ses échecs. Cette génération, c'est ausi celle de Xavier Durringer… Le texte vient d’être édité par Les Editions théâtrales, fidèle éditeur de l’auteur.

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