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  • Spectacle vivant
27 janvier 2020

Remettre l'auteur contemporain sur le devant de la scène : quelles pistes de réflexion ?

A l’occasion des BIS de Nantes, la SACD a organisé un débat pour s’interroger sur la place des auteurs vivants et des textes contemporains dans les théâtres.

 

Cette réflexion a pris place dans un contexte particulier que Pascal Rogard, qui animait ce débat, a rappelé : 2 ans plus tôt, en janvier 2018, Libération publiait un article au titre provocateur : « A-t-on encore besoin des auteurs de théâtre ? ». Ce texte a aussi été le point de départ de la grande mobilisation des écrivains rassemblés dans le cadre des Etats Généraux. En sont notamment sorties 54 préconisations rendues publiques récemment pour remettre l’auteur contemporain, et ses œuvres, au centre.

Le Ministère de la Culture a aussi été en appui et à l’écoute de cette phase de concertation et de réflexion professionnelle. Sylviane Tarsot-Gillery, directrice générale de la Création artistique au Ministère de la Culture, a également souhaité qu’un travail d’observation et de recueil statistique soit mené pour mieux identifier les problèmes et objectiver la situation. Elle a lancé une étude, confiée à l’inspectrice générale Stéphanie Chaillou et avec le soutien de la SACD :  La place des écritures contemporaines et des auteurs dramatiques vivants francophones dans les Centres dramatiques nationaux, Scènes nationales et Théâtres nationaux en 2016- 2017.

Statisques et ressenti

Si les résultats seront dévoilés intégralement le 3 février prochain au Théâtre de la Colline, elle a souhaité partager quelques constats : contrairement au sentiment diffus, les auteurs contemporains vivants sont présents dans les théâtres ; 64 % des textes dramatiques ont été écrits après 2001 ; 48% d’auteurs dramatiques vivants francophones parmi les auteurs dramatiques.

L’un des points noirs reste toutefois la sous-représentation des femmes qui ne sont que 28% parmi les auteurs dramatiques vivants francophones.

Pour Sylviane Tarsot-Gillery, il est aussi nécessaire d’aller au-delà de ces statistiques qui, bien qu’importantes, ne disent pas tout de la réalité des auteurs. En l’occurrence, le ressenti souvent exprimé d’une place insuffisante laissée aux auteurs vivants peut tenir à d’autres facteurs : la relation avec le metteur en scène ; la place de l’œuvre dans la programmation (heure, salle) ; la question de la rémunération des auteurs.

Ce sont pour elle autant de pistes de réflexion qu’il va falloir creuser.

A ce stade, 2 orientations lui semblent essentielles. La première suppose de travailler à l’élaboration d’une Charte des Auteurs dramatiques qui pourrait fixer des éléments relatifs à l’activité et à la rémunération des auteurs. La seconde est liée à la remise du rapport Racine sur le statut de l’auteur et la présentation prochaine par le Ministre de mesures afin d’améliorer la situation des auteurs, et notamment des auteurs dramatiques.

Développer les comités de lecture

Pour Vincent Dheygre, président des EAT, la place de l’auteur dramatique dans les théâtres publics a grandi depuis 20 ans, tout en relevant une prépondérance de l’auteur-metteur en scène. Pour lui, quelques propositions, qu’on retrouve également dans les préconisations des Etats généraux, sont essentielles : favoriser la rémunération des auteurs ; associer systématiquement un auteur à chaque plateau ; renforcer la parité…Mais il a aussi insisté sur le ressenti des auteurs : « On est des fois un peu comme les agriculteurs face à la grande distribution. »

Metteuse en scène et ex-directrice du Théâtre de Poche-Montparnasse, Charlotte Rondelez a tenu à rappeler la spécificité du théâtre privé qui, selon elle, ne tient pas à la relation avec le public mais bien à l’existence d’un modèle économique distinct. C’est d’ailleurs un modèle qui peut être intéressant pour l’auteur contemporain. La logique est bien celle de jouer le plus longtemps, ouvrant ainsi la possibilité pour l’auteur de pouvoir vivre de son art si le succès est au rendez-vous. Très attachée à l’existence des scènes avec des objectifs différents, plus ou moins avant-gardiste, elle refuse par contre les cases dans lesquelles les lieux, publics ou privés, ou les œuvres peuvent être enfermés.

Selon elle, l’un des problèmes actuels n’est pas le manque de propositions de textes mais plutôt le temps dont peut manquer un directeur de théâtre. Avoir davantage de comités de lecture ou de personnes qui lisent les textes en amont serait idéal. Ce point de vue a d’ailleurs été largement partagé par les autres intervenants.

De la même manière, faire découvrir ce qu’est le théâtre privé dans les écoles et les formations professionnelles serait une démarche intéressante.

Renforcer la place des auteurs vivants dans l'enseignement des lettres

Caroline Marcilhac, directrice du théâtre Ouvert, qui est un lieu de développement des écritures contemporaines et dont l’objectif et de faire advenir le futur répertoire théâtral, a voulu insister tout particulièrement sur le rôle de l’Education nationale comme facteur de soutien à la création contemporaine. Parce que beaucoup de choses se jouent dès la formation, l’école doit retisser des liens avec la création contemporaine qui peut d’ailleurs permettre de parler des réalités d’aujourd’hui. Or, les enseignants semblent souvent plus à l’aise pour aborder les questions contemporaines en ayant recours à des auteurs plus anciens.

Elle le regrette car « si les auteurs modernes étaient davantage étudiés, ils seraient également plus programmés par la suite dans les théâtres. »

Invitée à réagir à ces propos, Marie-Amélie Robilliard, professeure de théâtre en classe prépa, a livré les résultats d’une enquête personnelle à laquelle elle s’est livrée auprès d’autres professeurs de son département enseignant le théâtre en collège. Bien que certains sont aussi soucieux de transmettre le patrimoine, les enseignants ont majoritairement répondu qu’ils préféraient étudier des auteurs contemporains, notamment vivants (notamment parce qu’ils semblent plus « accessibles »). On y retrouve notamment Olivier Py, Joël Pommerat, Wajdi Mouawad...

Globalement, si les auteurs dramatiques vivants sont bien représentés dans l’enseignement du théâtre, ils le sont manifestement moins dans l’enseignement des lettres en général. C’est sans doute dans cette direction qu’il faut travailler pour renforcer l’attractivité du contemporain.

Sylviane Tarsot-Gillery en a profité pour signaler qu’un travail avait été engagé pour retravailler sur les programmes d’enseignement spécialisés et, avec l’inspection générale de l’Education nationale, pour redéfinir les programmes sur le théâtre.

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